Saison 2015-2016

Retour sur la saison 2015-2016 avec les élèves de l'Ecole Départementale de Théatre - EDT91

 

 

A bien y réfléchir et puisque vous soulevez la question il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant - 26 000 couverts 

Ce mercredi 18 mai, je me sentais perdue. Egarée. Manquant de repères dans ce monde qui change toujours trop vite. Et les 26000 couverts sont venus me dire... Qu'eux aussi. Mais que ça fait du bien ! Parfois, la perdition a du bon, et c'est au carrefour des idées qu'ils nous ont invités à découvrir l'endroit de tous leurs (im)possibles.

Ce carrefour, c'est un plateau qui n'est pas loin de ressembler à une décharge, ou un squat façon lendemain de soirée. On nous explique que nous allons assister à une sortie de résidence, résultat de deux semaines de recherche autour du thème de la mort, pour un spectacle de rue qu'ils ont créé en salle. Et la machine est lancée.

 

Entre moments de représentation de scène et moments de « non-jeu » en dialogue avec le public, les comédiens nous bluffent du début à la fin. Le réalisme ne flanche jamais et fait résonner plus fort et plus loin la situation de ce collectif inscrit dans un système de création coincé entre les contraintes de résultats, de délais, de subventions, de conditions de travail, et le désir de toujours prolonger le temps de recherche, de rêver plus loin, trop loin, on le sait, mais on s'en fiche. Et toutes les représentations plus ou moins clichées que l'on peut avoir du théâtre sont passées au peigne fin. La troupe procède à une introspection méticuleuse et ne manque pas d'autodérision, toujours sur le fil d'un humour noir et pas moins exquis. Ce qui ne les empêche pas de nous sortir en rien de temps de cette salle pour nous emmener voyager vers des univers plein de magie ; trois allumettes, deux bouts de bois, une lampe torche et nous voilà retombés en enfance... Mais revenons aux affaires sérieuses. On parle de la mort. De la mort au théâtre (de la mort du théâtre ?). Et puis c'est quoi le théâtre sinon un pied de nez à la mort, puisqu'ici on peut être mort sans être mort ? Jusqu'où peut-on la tromper, peut-on nous tromper ? Aux confins de la réflexion, on finit par rire jaune... C'est là que se cache le superbe écho de ce spectacle.

 

Bien qu'on en sorte la cervelle à l'envers, on n’en a pas perdu une miette. Chacun a su nous débusquer là où on s'y attendait le moins. C'est l'art de la maîtrise du comique de répétition, inépuisable et inventif, tout comme leur écriture de plateau dont on se resservirait bien une petite coupe. J'attends donc sagement la prochaine sortie de résidence...

 

Alice Fulcrand. 

 

 

 

Pinocchio - Joël Pommerat

J’avais entendu de Joël Pommerat le plus grand bien, je ne connaissais pas ses œuvres, on m’a dit « c’est une chance de pouvoir voir Pommerat à l’Agora !» Arrosé de « Cendrillon était incroyable »  et de « le Chaperon rouge un chef d’œuvre » autant dire que mes camarades avaient bien préparé le terrain, j’étais un fruit bien mûr prêt à se faire cueillir par ce « Pinocchio ». Malheureusement la vendange n’a pas eu lieu…

 

Je n’avais en mémoire de l’histoire originale de Pinocchio que des bribes, le pantin, la baleine et le papy. C’est un conte qui ne m’a jamais transporté, autant dire que c’était une occasion rêvée pour moi de le redécouvrir. Le spectacle a pourtant bien commencé, les masques d’animaux, le jeu de profondeur et de lumière ont eu tous leurs effets sur le spectateur très impressionnable que je suis, le personnage de Pinocchio habilement joué par une actrice, m’a plu. Buté, impoli, crédule, il oublie une leçon sévèrement apprise à la première occasion possible. Cela a fait écho à ma propre enfance et j’imagine à celle de beaucoup d’enfants, très nombreux dans la salle.

 

Cependant le narrateur... celui qui est censé nous faire traverser tout le périple, paraissait avoir une connaissance approximative du chemin, enchaînant les trous, les écorchures, les ellipses… non il n’était pas au mieux de sa narration, l’indulgence voudrait nous faire entendre que c’était un comédien remplaçant de dernière minute, bien, mais tout de même...  Night club, ivresse et débauche, les gouffres dans lesquels le pantin saute à pieds joint donnent à ce conte une teinte plutôt sombre, peut-être un peu trop si l’on considère l’âge moyen de l’audience. Même l’enfant précoce que je suis a assez mal reçu l’aspect éducatif du conte, peut-être n’était ce pas là le souhait de Joël Pommerat.

 

Le fameux jeu de lumière au moment de la mer, considéré comme l’acmé du spectacle est arrivé trop tard pour ressaisir mon assiduité depuis un moment dissolue dans la déception. La féerie n’a pas pris, je n’ai pas voyagé durant cette pièce, ce qui me désole un peu. L’âme d’enfant tapie en moi n’attendait que ça, il me semble que cela est dû  au manque de liant, le fameux fil rouge nous a manqué, l’enchaînement un peu saccadé des choses comme collées grossièrement les unes aux autres avec du gros scotch a compromis la belle idée que je me faisais de Pommerat. Mais ne soyons pas fatalistes, nous verrons aux prochaines vendanges.

 

Gaétan Poubangui

 

 

 

Une Antigone de papier, tentative de défroissage du mythe - Les Anges au plafond 

Le mercredi 20 janvier, je suis allé voir le spectacle Une Antigone de Papier, tentative de défroissage du mythe au Théâtre de l'Agora à Évry.

 

C'est la première fois que j'allais voir une pièce de marionnettes, si on met de côté les spectacles de Guignol quand j'étais enfant. Évidemment, en grandissant, j'ai compris que la marionnette n'était pas forcément à gaine, qu'elle pouvait être de différentes tailles, que les situations n'étaient pas toujours comiques, et surtout que ça ne s'adressait pas qu'aux enfants.

 

Malgré cela, je n'ai jamais eu l'occasion d'aller voir un spectacle professionnel. C'est donc avec curiosité que je me suis inscrite pour assister à celui-ci. Il s'agissait d'une réécriture de la pièce tragique Antigone de Sophocle, montée par la compagnie les Anges aux Plafond, qui m'était alors inconnue.

 

Le spectacle se produisait dans un environnement clos, intimiste, comme sous un chapiteau. J'ai eu l'impression de me trouver à une veillée conte, perdue dans un petit village de campagne. Les lumières étaient douces et tamisées et nous étions installés sur des petits bancs en bois. L'espace bi-frontal permettait aux spectateurs de suivre la totalité de la pièce comme s'ils en faisaient partie.

 

Les marionnettes pouvaient dès lors prendre vie sous nos yeux, et maîtrisées par une seule comédienne qui prenait en charge tous les rôles, passant de Créon à Antigone, d'Ismène à Hémon, ou même des Trois Gardes au coryphée conteur d'histoire, le Corbeau.

 

J'ai trouvé la scénographie très belle et travaillée. Nous avons pu contempler des images poétiques, comme lorsque les comédiennes, pour figurer le vent dans la nuit, se plaçaient derrière nous avec une lanterne et soufflaient. De plus, nul besoin de bande son, puisque la présence des deux violonistes accompagnant chacune des scènes se mêlaient parfaitement au décor. Ce dernier était d'ailleurs plutôt impressionnant, car les comédiennes n'étaient que deux à gérer la technique de plateau, et le décor était agencé d'une multitude de petites astuces pour les changements de scénographie.

 

La question de la condition humaine, parallèle à ce qu'on peut vivre aujourd'hui et depuis la nuit des temps, est au centre de ce que cette histoire raconte. Comment défendre nos droits et nos libertés? Que faire lorsqu'on est en désaccord avec l'autorité? La création d'un mur au cours de la pièce vient couper en deux la ville de Thèbes, et nous-mêmes, car on ne parvient plus à voir les gens sur les bancs d'en face. Ce mur m'apparaît comme un écho à notre temps, et c'est un des aspects les plus importants que je retiens de ce spectacle.

 

Je garde un bon souvenir de cette découverte, c'est un théâtre à échelle humaine qui plaît, qui me parle. Malgré tout, certains points sont venus calmer mon engouement. Un texte réécrit d'une manière trop simplifiée à mon goût, car quitte à vouloir défroisser le mythe, pourquoi ne pas y mettre un peu de rage et de folie? Parler de la condition de l'être humain ne se fait pas calmement. Cela reste un univers enfantin, le parti pris était peut-être de traiter tout cela avec une certaine quiétude. De plus, je me pose plusieurs questions concernant l'art de la marionnette, notamment celle-ci : comment un comédien peut-il se laisser transporter par son personnage et par ce que le texte raconte, lorsqu'il n'est pas regardé, mais lorsque c'est un objet inanimé qu'il tient dans sa main qui est observé et écouté ?  

 

Itzel Diaz

 

 

 

 

Une Antigone de papier, tentative de défroissage du mythe - Les Anges au plafond

La compagnie des Anges au plafond se réapproprie l'histoire d'Antigone, avec ses marionnettes, sa musique, ses images et ses propres mots.

 

Elle m’a transporté, touché, émerveillé, donné du courage avec cette histoire. Elle déplace, bouscule, éclaire le mythe sous un autre angle, le questionne.

 

La marionnette, par sa nature, permet de montrer autre chose. Il y a transposition, projection sur l'objet, changement d'échelle. Mise au service du mythe d'Antigone, comme pour celui d'Œdipe (second volet de leur "Tragédie des Anges") je trouve qu’elle devient d'autant plus intéressante : en impliquant une dualité manipulateur-manipulé, elle devient le miroir de la condition du héros tragique (la marionnette), mu par des forces extérieures et l'irrévocabilité de son destin (le manipulateur).

 

J’avais vu quelques semaines auparavant le dernier spectacle de cette compagnie que j’avais beaucoup aimé ; j’étais très curieuse de découvrir une de leurs plus anciennes créations, et pas des moindres : Antigone !

 

Nous sommes entrés dans un théâtre de papier, matière qui possède une symbolique très forte, entre fragilité et pérennité... tout est écrit, les marionnettes, enfouies dans ce sol de papier qui semble avoir traversé les âges, en surgissent pour nous conter cette histoire. S'en dégage une matérialité d'une très grande force.

 

De même Antigone, déterminée, n'en reste pas moins un personnage froissé et fragile. La comédienne, seule manipulatrice pour toutes les marionnettes, l'empoigne avec énergie pour lui donner voix et corps, et redonne souffle à cette figure de femme magnifique. Finalement ce personnage parle peu, elle refuse tout en bloc, elle ne veut pas comprendre d'où vient ce mur, cette loi, elle le refoule en entier, parce qu'il est intolérable, point. Elle ne discute pas, elle dit NON. Et elle agit. Nous renvoyant toujours à une partie de nous même, une part que porte l'humanité en elle : cette part d'indomptée, qui ne veut pas comprendre.

 

Dans ce spectacle, la loi de Créon que refuse Antigone est matérialisée par une ligne, puis un mur, qui va se dresser de plus en plus haut, traversant l'espace, séparant le public en deux (dispositif bi-frontal). On finit par ne plus voir qu'une partie de la scène. Antigone va tout faire pour abimer, déchirer, dégrader ce mur. On se repose la question de la frontière, celle qui nous sépare les uns des autres, celle de la peur...

 

Tout cela est porté par le chant de deux violoncelles et deux voix féminines, frissonnantes... et un très beau texte, drôle et profond à la fois. Il reste très fidèle au mythe, les évènements principaux en sont gardés, mais il lui donne un nouveau souffle, plus léger, plus poétique, sans doute plus accessible. Finalement, c’est surtout la marionnette qui nous fait porter un autre regard sur cette histoire, elle transporte inévitablement les choses ailleurs.

 

On garde notamment en tête cette oiseau de mauvaise (ou de bon?) augure, hilarant, posant son regard pétillant et interrogateur sur l'histoire, et qui, alors que Créon ne cesse de demander : "qui a touché le mur", répond toujours : "pourquoi?". Un pourquoi qui rentre toujours profondément en résonance avec notre monde, notre humanité, nos choix, révoltes, espoirs, colères parfois impuissantes face aux frontières d'aujourd'hui, nos doutes. Comment ne pas se résigner, trouver la force, tenter de comprendre. C'est en tout cas ce que m'a inspiré ce très beau spectacle.

 

Manon Coulon

 

 

 

 

 

Une Antigone de papier, tentative de défroissage du mythe - Les Anges au plafond

« Et voilà c'est parti, c'est lancé, le couteau est tiré ! ». La compagnie des Anges au plafond a beau vouloir « défroisser » le mythe d’Antigone, son destin reste inchangé ! La mort est inévitable !

« Mais revenons un peu en arrière »

 

Dès l'entrée du public, la note est donnée,  deux violoncellistes (Sandrine Lefebvre et Martina Rodriguez), une comédienne/marionnettiste (Camille Trouvé), du papier. Une avalanche de papier, dans un tout petit espace. Rien n'y échappe, pendrillons, tapis de danse, marionnettes... tout est papier.

 

C'est fascinant de voir les possibilités qu'offre un matériau si fragile. Comment Camille Trouvé l'a travaillé pour garder sa souplesse, sa transparence et son aspect craquant tout en le solidifiant. Voir comment chaque papier réagit, quelle est la meilleure façon de l'utiliser, pourquoi celui-ci et pas un autre. Est-ce parce qu'il laisse passer la lumière ? Pour son bruit, sa brillance ? Tant de questionnements et de recherches qui me font adorer le travail de la compagnie.

 

D'autre part, quel que soit le sujet abordé, la presse dans Le cri quotidien, la mythologie dans Antigone de papier et Au fil d'Œdipe ou encore la censure avec leur diptyque sur Camille Claudel et Romain Gary, la compagnie nous propose un travail très divers mais toujours  actuel et débordant de poésie !

 

Ici les anges s'attaquent à l’immense Antigone, rebelle défiant les décrets arbitraires de son oncle, Créon, roi de Thèbes, au nom de l'amour, de la liberté et de la justice. Une femme libre qu'on ne peut s’empêcher d'admirer et d'aimer !

 

J'apprécie énormément la manière dont ce mythe est traité : équilibre parfait entre rire et tragique. Comme par exemple le petit clin d'œil lorsqu'elle choisit le papier d'emballage d'un sac de ciment pour fabriquer le corps du maçon. Sans parler de son accent du midi à couper au couteau…

 

Il est important de souligner que l’ensemble du jeu et de la manipulation est pris en charge par Camille seule. Jonglant entre la voix claironnante de l'oiseau (oracle/messager) et le discours aux accents Gaulliste du roi Créon, le travail au plateau est une véritable performance d’acteur, surtout lors des échanges et dialogues entre elle et les marionnettes !

 

Quand ce n'est pas la comédienne qui nous étonne, c'est le décor qui nous surprend... Truffé de cachettes, le moindre élément de décor est mis à profit pour faire avancer l’histoire, ne laissant place à aucun flottement. L'utilisation des branches, sur lesquelles étaient assises les musiciennes, pour former le mur par exemple... Mur qui fait d’ailleurs, entre autre, très fortement écho à ce qui se passe entre Israël et la Palestine ou encore les Etats-Unis et le Mexique.

 

On peut aussi souligner l’ingéniosité du travail d'ombres et de lumières qui nous permet aussi bien de situer l'espace que de faire surgir avec trois fois rien, une scène de guerre.

 

Enfin, n'oublions pas la présence exceptionnelle de la musique sur le plateau.

Les deux musiciennes sont tout aussi importantes que les « personnages » incarnés par les marionnettes. Elles forment avec Camille ce que l'on peut considérer comme le coryphée dans le mythe d'origine. Leur « narration » donne de la force au récit !

 

Rencontre inoubliable du travail plastique, musical et théâtral. Que demander de plus ?!

 

Ce n'est peut-être pas la mise en scène que je préfère de la compagnie, étant plus sensible à la finesse et la simplicité du travail qu'ils ont fait autour de la correspondance de Camille Claudel dans Du rêve que fut ma vie. Mais néanmoins, c'est avec un immense plaisir que j'ai redécouvert ce spectacle avec lequel, 6 ans auparavant, je tombais amoureuse de l'univers de la compagnie !

 

Ils m'inspirent et confirment mes envies théâtrales !

 

Morgane Jéhanin

 

 

 

 

 

VHS - Compagnie Tantôt 

Et je suis arrivé dans la salle de l'Agora comme dans un coffre-fort où il resterait encore un peu

Je suis arrivé dans la salle de l'Agora comme dans une forêt où il pousse encore

 

Bulle d'oxygène sur un lit de bitume

Mais j'ai posé sur le siège mon cul déjà lourd d'images pétaradantes et j'ai regardé la télévision pas la télévision télévisuelle mais la télévision réalisée réelle

Monde de personnages qui ne sont pas des personnages mais des visages grimaçants

Ressassant éternellement les vieux thèmes éculés mille fois repassés après exhumation

 

Mon cul déjà lourd d'images télévisées la colonne vertébrale endolorie du surplus d'image et de son

 

L'âme furieuse qui n'en revient toujours pas que le réel soit aussi pénible

 

Et que tout ce qu'on lui serve c'est « deux potes sans talent qui décident de faire un film »

Deux gars qui n'ont de rêves que les navets télévisuels qu'ils se repassent en boucle

Deux gars comme dans les séries, et pour qui les blagues ratées et lourdes, parfumées à la bière chips vieille cigarette écrasée, sont autant de preuves d'amour viril

 

Ils passent leur temps ces deux ratés à rêver à un film

Ces albatros numériques ont pour particularité d'être aussi minables sur leur vieux canapé que dans leur fantasme cinématographique

 

Qu'on attend longtemps, d'ailleurs, ce film, horizon indépassable de leur existence, dont chaque séquence de création est aussi longue qu'inintéressante mais représente cependant une  bouffée d'oxygène

dans ce texte à l'image des nanards du dimanche.

 

Malgré tout, ils le repassent deux fois à la fin, ce déchet filmique, vide retourné sur lui-même, que l'on en mesure la misère artistique.

Mieux encore, il semble que certaines scènes prétendument tournées en direct aient été préconçues et réutilisées dans le film pourtant censé avoir été entièrement issu de ce qui s'est passé devant les spectateurs.

Et la malhonnêteté intellectuelle s'ajoute à l'absence de travail.

 

Disons qu'au moins, je me suis beaucoup questionné en sortant de cette salle.

Occasion inattendue de se poser des questions.  

Aussi, les gens qui réunissent d'autres gens pour les faire désespérer et les éloigner du réel ne sont-ils pas un peu meurtriers ?

Est-ce là l'apparition mortifère de nos lendemains ?

Quel avenir est-ce que ça propose des gens qui sont enfermés dans le noir à boire des bières fumer regarder la bouillasse télévisuelle en prononçant des blagues vaseuses ?

N'est-ce pas assez ces séries vaselineuses qu'on nous fourre au cul, hypnotisés que nous sommes face aux lumières des écrans ?

Est-ce que l'aliénation est un service public ?

Mon gros cul lourd est sorti de là presque joyeux. L'âme un peu lavée par une heure javel, souriante sur le quai du RER quand danse un petit garçon au visage pâle, sautillant sans cesse, mû par une musique venue d'un autre monde, et

 

Pris de gestes nerveux répétitifs n'essayant même plus d'attirer l'attention d'un père happé par la lumière du téléphone happé par un monde dans le monde écran dans le monde silence dans le bruit

Mais

Je l'ai imaginé

Le petit garçon seul sur le quai visage pâle

Au rythme télévisuel de nos deux amis

(Bières cigarettes rires forcés sur le canapé taché de foutre sauce tomate poils pubiens parfumés au pet)

 

Sautiller à coup de petits cris

Le petit garçon

Pris de cris spasmodiques

Agitant son corps nerveux

Le corps tendu comme un passeur d'électricité

Qui marche sans que personne ne voit

Jusqu'aux rails

Cherchant à gagner du temps

 

Nicolas Katsiapis

 

 

 

 

A bien y réfléchir et puisque vous soulevez la question il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant - 26 000 couverts 

Du théâtre dans le théâtre, dans le théâtre, dans le théâtre…

 

Mercredi 18 Mai 2016, je me rends au Théâtre de l’Agora pour y découvrir A bien y réfléchir et puisque vous soulevez la question, il faudrait quand même trouver un titre plus percutant, création de la compagnie des 26000 couverts fondée en 1995 par Philippe Nicolle et Pascal Rome.

 

Tout ce que je sais d’eux avant d’entrer dans cette grande salle est qu’il s’agit d’une compagnie de théâtre de rue, sans doute la plus grande en France, qui travaille beaucoup en improvisation et dont leur dernier spectacle « Beaucoup de bruit pour rien » de Shakespeare a été un grand succès. J’ai entendu que la signature de cette compagnie était celle de renverser les codes du Théâtre en surprenant le public à l’aide de grande ingéniosité. C’est alors à la recherche de l’inattendu et très enthousiaste que je pars à la rencontre de leur nouvelle création dont le titre surprenant me promet déjà une certaine excentricité.

 

En entrant dans la salle, intriguée, je découvre un plateau encombré de tables, de chaises, de projecteurs, les rideaux sont ouverts et les coulisses sont à vue, une dizaine de personnes vont et viennent chacun leur tour… Au bout de quelques minutes, celle que je crois être l’administratrice du théâtre fait un discours et nous annonce qu’en réalité nous allons être témoins d’une répétition de spectacle, que celui-ci n’est pas du tout finalisé et qu’avec l’absence du metteur en scène « parce qu’il donne une conférence auprès de vi… personnes âgées sur ... la mort » notre indulgence est demandée devant cette ébauche et que les comédiens « essaieront de faire de leur mieux » pour restituer le canevas de ce futur spectacle qui s'intitulera « Mata : elle tue ». S’ensuivent des échanges très drôles entre les comédiens qui n’ont pas vraiment l’air d’accord sur ce qu’ils doivent jouer. La note humoristique est lancée. Ils sont unanimes à l'idée d'avoir un débat avec le public à la fin pour avoir des retours sur ce que nous en avons pensé. Certains insistent pour faire l'action de sensibilisation au tri sélectif mais d'autres trouvent que cela n'a aucun rapport avec leur thème de départ qui est « les morts stupides » - thème qui sera exploité jusqu'à la toute fin et de façon très habile.  Nous comprenons qu'ils ont donc un cahier de charges à remplir. Doucement amenée, voici la première question politique soulevée par les 26000 couverts, celle de demander aux artistes de faire de leur spectacle une action culturelle, sociétale, environnementale. Mais, à chaque fois qu’ils commencent, leur répétition est sans cesse perturbée par des « accidents » de plus en plus inimaginables. Il nous est expliqué par la suite que ces imprévus sont en réalité complètement prémédités par le metteur en scène - oui ! qui en fait est bel et bien présent. Du théâtre dans le théâtre ! Ah oui ! Et l'administratrice n'en est pas une et est bien comédienne dans la troupe. Par la suite, le metteur en scène change et un nouveau comédien prend sa place. Pendant près d’une heure et demie, j’ai l’impression que tout est improvisé, j’essaye en vain de démêler ce qui est du théâtre et ce qui n’en est pas mais les comédiens jouent les comédiens et entretiennent tout du long un va-et-vient entre fiction et réalité, le vrai et le faux. Il arrive un moment où pratiquement tous les comédiens habillés du même costume gris sont tous des « Philippe, le metteur en scène ». Je ris, à en avoir mal aux zygomatiques, des rebondissements saugrenus auxquels ils nous font croire. 

 

Vraiment étonnée devant leur imaginaire foisonnant, j’ai passé une excellente soirée et fus surprise de voir jusqu’où pouvait aller du théâtre dans le théâtre, dans le théâtre… J’y ai découvert cette forme que je n’avais pas encore rencontrée jusqu’ici et dont j’ai trouvé les questions subtilement soulevées : Quelle est vraiment la place du spectateur au théâtre ? Et peut-il croire vraiment à tout ce qui se joue sur scène ? En plus de ces interrogations, s'y sont ajoutées celles-ci : Quelle est la place du metteur en scène dans une troupe si celui-ci est interchangeable ? 

 

 

 

 

Dark Circus - STEREOPTIK 

Deux hommes, un écran, des instruments, un univers.

Dark Circus est une expérience poétique, une prise de risque de création face au spectateur.

 

En direct, un petit monde se construit devant nos yeux. Ce dispositif de création in situ plonge le spectateur au cœur d'un cosmos poétique et mélancolique. Semblables à un cuisinier choisissant méticuleusement ses ingrédients, les deux comédiens concoctent une recette magique, qui séduira par sa poésie, sa naïveté et son esthétisme. Intrigué par le dispositif je me retrouve vite emporté par la proposition, attiré autant par l'histoire que par ses deux créateurs, concentrés dans la pénombre à donner vie au Dark Circus et ses occupants, tels deux magiciens en plein numéro.

 

Dark Circus c'est également le mélange de la musique, du dessin, de la marionnette, de la vidéo... Un rassemblement de savoir-faire qui permet aux spectateurs de se sentir concernés par l'histoire. Sensible au risque de l'instant présent, le public se prend au jeu de la création. Un spectacle interactif, un endroit dans lequel les enfants ont le droit de rire, où chacun se laisse aller à ses émotions, sans être coupé, interdit, contraint au silence. Un véritable échange.

 

Cependant le principe s’essouffle doucement par une faiblesse narrative. Le spectacle se concentre sur la prouesse artistique de la création et très vite l’histoire ne surprend plus, les chutes sont prévisibles. Des longueurs cassent légèrement la féerie. Néanmoins, l’histoire retrouve un second souffle quand la couleur fait son apparition. Après une longue partie du spectacle en noir et blanc, l'arrivée de la couleur est amenée avec humour, elle surprend, et donne un point d’accroche.

 

Malgré un dispositif original, pourquoi ne pas accorder plus de place pour la musique faite en direct, ce qui aurait peut-être pu pallier à certaines longueurs et contribué à une immersion plus profonde au pays du cirque noir ?

 

Dark Circus reste pour moi une belle découverte, une parenthèse surprenante, imagée, qui laisse la psychologie de côté pour laisser émerger les sensations. Malgré cela, ma déception en ce qui concerne l’écriture limite mon enthousiasme et focalise mon admiration sur le dispositif plus que sur le spectacle dans sa globalité.

 

Néanmoins je suis persuadé de l'importance de ce genre de spectacle. Ces créations, circassiennes, vidéos, de marionnettes, ont été pour moi un déclic dans mon début de parcours : Elles ont légitimé ma place dans un théâtre. Elles m’ont encouragé à fouiller les programmations, elles ont créé en moi un début de réflexion. J'ai compris qu'un théâtre (le lieu) n'était pas seulement un endroit très intellectuel, réservé à une minorité apte à comprendre et émettre des avis sur le théâtre (la création), mais qu'il accueillait de multiples arts, qui résonnent différemment en chacun. Il est important de montrer qu'un théâtre est un lieu de création artistique, où chaque discipline est à sa place, et invite chaque spectateur à trouver la sienne.

 

Séraphin Rousseau

 

 

 

 

 

Dark Circus - STEREOPTIK 

Le spectacle tient il sa promesse ?

 

Jeudi 17 mars 2015 se pressait aux portes d’entrée de l’Agora un public composé principalement de scolaires en bas âge et de personnes âgées. Une fois installé dans une des rangées centrales, j’avais un point de mire idéal pour observer le rideau de scène levé sur un écran blanc qui séparait un dispositif à cour et à jardin composé d’instruments de musique et d’une sorte d’établi. Après une dizaine de minutes nécessaires pour tester le confort de mon fauteuil et observer le public remplir peu à peu les gradins, une ouvreuse s’est adressé à nous pour l’habituelle consigne concernant les portables mais aussi nous faire part de ce postulat : « Vous êtes au cirque ». Noir dans la salle et l’écran s’illumine sur le premier accord de la guitare. Un air triste et morne (probablement en DO # ou SOL# mineur) accompagne les jets de l’encre rétro-projetés en live qui, petit à petit laissent apparaître les décors d’une ville sombre et morbide. Les motifs se précisent et une foule de passants erre parmi le béton quand une voiture de promotion d’un cirque fait résonner son timbre : « Au Dark Circus venez nombreux, devenez malheureux ». Après la fin de cette scène d’introduction, une première question m’est apparue : certes, les techniques de dessin et musicales sont touchantes et captivent mon regard de spectateur, mais comment faire pour éviter le systématisme ? Et puis, comment monter un spectacle reposant sur un dispositif important, sans que le dispositif prenne le pas sur le propos du spectacle lui-même ? Certains éléments de réponse ont surgi au fil de cette forme animée qui se renouvelait sans cesse grâce à une inventivité qui s’apparente même (sur certains choix) à des coups de génie. Les méthodes de représentation évoluaient sans cesse au même titre que le rôle de ‘faiseur’ d’image et de musique s’inverse au cours de la narration. Six numéros catastrophiques se succèdent grâce à la variation des supports et des matières (encre, eau, sable, fusain...) Et que ce soit la chute vertigineuse de la trapéziste qui finit par s’écraser dans le sable de la piste, ou le dresseur de lions qui est dévoré par son animal mal dressé, le rire des jeunes et des moins jeunes éclate : le public est poreux à chaque proposition. Ceci laisse penser que nous avons à faire à une proposition sincère et développée de la compagnie STEREOPTIK. En revanche, j’ai trouvé une sorte de répétition attendue dans la forme qui manquait peut-être d’une fluidité générale.

 

De plus, ce spectacle tout public ne fait pas l’impasse sur des thématiques clefs comme celle de la mort. C’est le cas du numéro des lanceurs de couteaux amoureux qui s’achève par la mort d’un des amants. Jean-Baptiste Maillet et Romain Bermond vont jusqu’à imaginer un jeu de reflets dans un aquarium qui offre aux amants une dernière danse avant le coup fatal. Enfin un spectacle ouvert aux enfants qui ne prend pas ces derniers pour des écervelés ! Et pour finir, le dernier numéro du clown-jongleur parvient à ramener la couleur dans cette cité au fond du gouffre. Et ce numéro enchanteur ouvre la voie des applaudissements de l’assemblée qui n’a pas hésité à montrer son enthousiasme pour ce spectacle. Je me suis alors levé de mon siège pour sortir de la salle en constatant avoir passé un moment agréable face à un spectacle certes très bien dessiné mais dont le propos enchanteur limitait les actants dans leur prise de risque.

 

Cette représentation était un moment très plaisant. Ce n’est pas le type de spectacle qui motive mon désir de théâtre, car dès que la fable ou le propos, est porté par un dispositif et non par des acteurs de chair, une distance s’installe immédiatement. Encore une fois je salue le génie, mais l’aspect performatif laisse le centre de mes émotions à froid.

 

Théophile Gasselin

 

 

 

 

 

A bien y réfléchir et puisque vous soulevez la question il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant - 26 000 couverts 

18 Mai, 20h, je m’engouffre dans le théâtre de l’Agora, tellement excitée à l’idée d’assister au spectacle des 26000 couverts, que je suis sur les nerfs. J’attends cette date depuis le jour, il y a maintenant 6 mois, où j’ai entendu parler de cette compagnie : Quoi ?! Une compagnie qui annonce un Shakespeare et ne commence jamais la pièce ? Comment ?! Ils se font passer pour des spectateurs, jouent depuis le public, ne font jamais entrer les gens dans la salle ? J’ai décrété ces gens géniaux, avant même d’avoir vu quoi que ce soit d’eux.

 

20h01 : Puisqu’on nous a fait rentrer dans la salle, logiquement le spectacle devrait commencer… Ce que je ne savais pas encore, c’est qu’il ne se terminerait jamais… À chaque fois « qu’un » spectacle semblait se finir, un nouveau rebondissement en amenait un nouveau.

 

Les comédiens sont déjà sur le plateau, décontractés, une jeune femme monte sur scène et se présente comme une administratrice du théâtre de l’Agora. Elle nous explique que ce que nous allons voir n’est pas un spectacle mais une sortie de résidence, dont le but était de concevoir un spectacle de rue et qu’ils ont travaillé en partenariat avec les écoles et les associations du quartier. À partir de ce moment là, tout y passe : de la fausse parade (qu’on ne peut pas vraiment nous montrer car en intérieur cracher du feu c’est compliqué), au spectacle sur le tri sélectif pour les maternelles avec les acteurs qui font des déchets, en passant par l’interruption des scènes par une fausse mort, une fausse prise d’otage et des petits pics acérés visant les politiques culturelles actuelles, une comédie musicale loufoque, 6 prétendus metteurs en scène, pour se terminer par un faux débat avec le public et un vrai/faux pendu.

 

Non seulement les 26000 couverts sont drôles, mais ils sont également engagés et surtout talentueux. Lorsqu’on rêve de devenir acteur, l’idéal qu’on vise c’est de faire oublier aux gens ce qu’ils croient savoir : suis-je l’acteur ou le personnage ou les deux ? C’est aussi de les faire rire aux larmes, tout en se questionnant sur ce qu’est vraiment le théâtre, non seulement en tant qu’art mais également la place qu’il occupe aujourd’hui dans notre société ; Quelle place pour les artistes ? À quoi est-on réduit pour toucher des subventions (doit-on vraiment faire la barquette de viande… ?) ? Qu’est-ce qui est réel ? Quelle est la part de comédie et celle de vie ? Qui voyons nous sur le plateau ? Quand commence le jeu ?

 

Je savais que tout était faux depuis le départ, que cette femme ne faisait pas partie de l’administration de l’Agora puisque je les avais rencontrés, que cette parade ne serait jamais montée, que ces morts étaient fausses… Pourtant cela ne m’a pas empêché de me faire avoir à chaque fois. Leur investissement, leur simplicité et leur humilité m’ont complètement chamboulée.

 

J’ai passé deux heures à rire en demandant que cela cesse tellement j’étais épuisée. Je suis ressortie pleine d’admiration, espérant atteindre ce niveau d’aisance dans le jeu qui permet aux acteurs d’être à la fois eux et un personnage, ce qui est sûrement le plus difficile car plus nous jouons proche de nous et plus il est compliqué d’être crédible aux yeux du public. Je suis ressortie pleine d’envies de théâtre, un théâtre qui n’a pas peur de bousculer les codes, plein de surprises, qui interroge notre endroit de spectateur. Enfin, je suis ressortie avec la conviction qu’il est possible de lutter, de résister, de se battre pour notre Art, en faisant ce qu’on aime, le tout de façon subtile, avec finesse et c’est sûrement le plus beau et le plus important.

 

Une élève du groupe 10

 

 

 

 

Pinocchio - Joël Pommerat

Un petit  pantin aux cheveux marrons. Un nez ressort, qui s'allonge et se rétracte. Un chapeau jaune et un air d'enfant naïf et joyeux. Voici ce qui compose notre imaginaire collectif lorsqu'est évoquée la figure de Pinocchio. Comme beaucoup de personnages que nous avons côtoyés dans notre enfance, il s'agit d'une image tirée directement des studios Disney. Le vrai père de cet enfant de bois est en fait Carlo Collodi, journaliste et écrivain italien.

 

127 années après la création du mythe, Pommerat choisit de réécrire le texte et de le monter. Habitué des jeunes publics, on peut reconnaître chez cet « auteur de spectacles » une habileté du traitement d'un texte déjà trop connu. Comme il l'avait fait pour Le petit chaperon rouge ou comme il le fera pour Cendrillon, il parvient à recréer un univers, à transmettre une histoire. Preuve que son travail est reconnu en France, la réécriture de Cendrillon, par Pommerat était au programme de l'option théâtre au baccalauréat 2014. J'ai eu la chance de voir cette pièce avant de la travailler durant un an : il faut avouer que l'enjeu était diablement plus intéressant. Peut-être simplement parce que c'était une découverte mais j'ai eu l'impression de découvrir un nouveau théâtre jeune public, qui considère les enfants pour ce qu'ils sont, des êtres intéressés et intéressants, à qui il ne suffit pas de servir de la bouillie en appelant ça caviar. 

 

J'ai donc été déçue en voyant Pinocchio. Dans ce spectacle, sur le plateau de l'Agora, les effets ne font pas mouche. Ils ont l'air calqués sur un texte, sous prétexte du joli, de l'onirique. Force est de constater que c'est peu de choses, les lumières, les sons et autres techniques s'épuisent vite lorsqu'il n'y a pas d'épaisseur dans le texte ou dans le jeu des comédiens.

 

 L'image de la grande fée qui fait face au nez de Pinocchio s'allongeant est belle et marquante mais seulement en photo. Les comédiens ne font pas grand état de leur corps, l'engagement est faible et les limites du texte sont ici : l'écriture de plateau permet le clown, permet une liberté pour le comédien mais rien ne se crée face à nous.

 

Une pièce agréable visuellement mais c'est à peu près tout. 

 

Une élève du groupe 10

 

 

 

 

 

A bien y réfléchir et puisque vous soulevez la question il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant - 26 000 couverts 

La salle est bien remplie et une bonne partie du public est très jeune, ça s'installe, ça discute, pendant que sur le plateau des comédiens entrent et sortent, récupèrent des affaires, les rangent ou bien observent le public dans l'entrebâillement des rideaux. Sur le plateau, tout est à vue, on voit tout : la régie, les sacs à mains, des malles à costumes, les projecteurs au fond etc. Une femme monte au plateau et présente la compagnie qui va rendre le travail d'une résidence de 15 jours au théâtre de l'Agora. Le metteur en scène est absent, il n'y a que les comédiens. L'un des comédiens nous explique que leur prochain spectacle est sur le thème de la mort et plus précisément des morts stupides. Ils nous présentent alors des ébauches de scènes, des images possibles pour leur prochain spectacle. Voilà comment ça commence.

 

Sur la suite je ne vais pas vous raconter l'intégralité de la pièce, ce serait vous gâcher le spectacle. Il demande à être vu pour l'apprécier et sortir du théâtre heureux.

 

Les acteurs sont en adresse directe au public. Au début on se laisse avoir par leur jeu tant et si bien que j'ai pris un certain temps à réaliser qu'ils étaient en représentation, environ vingt minutes. Ils frôlent entre le jeu et la réalité et on s'interroge : ils s'adressent réellement à nous ou s’agit-il d'un jeu ? Je me suis même demandée sur le texte, est-ce qu’il s'agissait d'un texte préalablement écrit ou d'une improvisation ? J'ai opté pour l'écriture de plateau. J'ai ri du début à la fin. Mais il ne s'agissait pas uniquement d'une grosse blague on sentait un véritable fond derrière. Comme par exemple le moment de débat, l'un des acteurs vient dans le public avec un micro pour que l'on pose des questions à la compagnie. En vérité les questions sont posées par d'autres acteurs qui cachent leur bouche au plateau et ne font que des retours positifs, des compliments. J'ai eu, à ce moment là, un écho à ce qui se passe en politique ou dans les médias, qui tournent les sujets à leurs avantages. 

 

Il est difficile de conseiller d'aller voir ce spectacle sans en dire trop. Il est, je pense, important que les personnes qui iront le voir en connaisse le moins possible afin de profiter au maximum de ce qu'offre cette compagnie de génies.

 

Une élève du groupe 10

 

 

 

 

 

Pinocchio - Joël Pommerat

Je n’avais jamais vu de spectacle de Jöel Pommerat. On m’avait toujours rapporté des critiques très élogieuses sur cet homme de théâtre, considéré pour certains comme un des plus grands auteurs contemporains. J’étais donc pressé et curieux de voir son travail.
 

Pinocchio : héros d’un conte de fées moderne de la littérature pour enfants.

Comment Jöel Pommerat va-t-il s’approprier cette fiction revisitée tant de fois ? A-t-il l’intention de le politiser ? L’adapter à notre actualité ? Toutes ces questions bouillaient en moi…

 

Le spectacle commence. L’histoire nous est racontée par un narrateur, un vieux monsieur barbu, torse nu et quelque peu étoffé du bas ventre. Il a un micro. Il articule mal… Le micro grésille quelques secondes et n’était pas allumé dès les premiers mots du comédien, ce qui confirme la réticence que j’éprouve pour ce genre de matériel au théâtre… La pièce est séquencée sous forme de tableaux : un premier tableau apparait, joue, puis est conclu par un noir plateau, et un nouveau tableau arrive, ce que je trouve plaisant car j’apprécie ce genre de théâtre qui selon moi offre, à l’aide d’éléments simples comme des jeux de lumières ou un rideau baissé avec des acteurs jouant en avant-scène, une mise en scène épurée allant à l'essentiel. Dans chaque séquences, les acteurs sont justes, avec un jeu dans l’économie, permettez-moi de m’approprier une vieille expression viticole : « sans prétention ».  Pas de grandes scènes avec des conflits Shakespeariens, mais simplement des acteurs qui nous révèlent le parcours du petit Pinocchio dont le rôle est justement interprété par la comédienne Myriam Assouline.

 

De ce point de vue, j'ai apprécié cette pièce qui a su éveiller en moi le petit garçon émerveillé par tout cet univers que seul le théâtre peut apporter. En effet, il est formidable pour un enfant de traverser un conte, qu'il connait déjà ou qu'il découvre, animé par toute cette magie scénique. Des projecteurs créent un faisceau de lumière mobile à travers de la fumée, le tout bercé par le cri d'une baleine à l'aide d'enceintes, et la mer sur laquelle Pinocchio navigue apparaît sous nos yeux. En somme, tous ces éléments de décors et techniques contribuent à créer des images surprenantes qui transportent le public dans l'univers du conte, c'est pourquoi je pense que j'aurais adoré voir ce spectacle étant enfant.

 

En revanche, je trouve fort regrettable que le spectacle repose principalement sur ces effets techniques et ces jeux de lumière somme toute impressionnants, notamment une scène où Pinocchio entre dans une discothèque.

 

Jöel Pommerat reste relativement fidèle à l'histoire de Pinocchio. Je me demande s’il a pris la liberté d'ajouter un rapport à l'argent ou si celui-ci figurait déjà dans les précédents écrits, car il soulèverait dans ce cas une question importante : comment un enfant est confronté à l'argent ? Comment comprend-il cette notion et comment résonne-t-elle aujourd'hui dans une société capitaliste ?

 

Malheureusement, ces raisonnements restent en surface et sont peu développés, c'est pourquoi cette pièce s'adresse davantage, selon moi, à un jeune public et je me demande d'ailleurs si Jöel Pommerat n'a pas pris le parti de ne pas approfondir ces questions afin de protéger l'enfant spectateur de cette réalité.

 

Pour conclure, je dirais que ce Pinocchio est un plaisir pour les yeux, bien qu'il soit dommage que rien de nouveau ne nous soit offert. Ma première expérience avec Pommerat n'était pas à la hauteur de mes espérances. Néanmoins, comme je ne reste jamais sur une première impression, je devais en avoir le cœur net et j'ai eu la chance d'assister à son spectacle Ça ira ! Fin de Louis, et je peux maintenant moi aussi confirmer que Jöel Pommerat est un grand metteur en scène...

 

Vincent Martin

 

 

 

 

 

"Tu m'a déçu, au début je te trouvais marrant..." 

Très loin

Haut dans les arbres

Comme des figures étranges Nous assistons à un instant

Une recherche

Une fouille

Pas de bruit vous autres

Le menuisier travaille

La quête de quelque chose Recherche dans un tronc d'arbre Il passe ces mains

Ronge

Frotte

Perdu

Perdu

Ces mains saignent

L'homme

L'acteur

Nous présentent ces doigts âgés Stigmates

Blessures

Personne

L'enfant

Mort né

Un autre

Un fil

Deux fils

Trois fils

Fragile

Prêt à casser

Une bouche

Discours

Argent

Perte

Enfance

Que dis-tu ?

Parle

Exprime-toi

Un mot argent

Un mot enfance

Un mot acre

Un mot doux

Innocence

Papier

Rêve

Métal

Que veut dire l'un ?

Que veut dire l'autre ?

Dis-le

Parle-moi

Celle qui t'a engendré

A prononcé ces mots comment ?

Une notion

Un présent

Une leçon

Qui es-tu ?

Vivant

Qu'est-ce-que c'est ? Rien

Alors dis-le

Un bouquet de rose Odeur forte

Attire vers l'objet Oublie l'humain L'acteur

Fort

Présent

Mais essoufflé

Face à l'histoire L'histoire fragile Marionnettiste

Où je vais

Je n'en sais rien

Tu nous a laissé

Très haut

Haut dans les arbres.

 

Paul Platel